Le mariage, l’adultère et sa réparation en milieu traditionnel Dagara

Vu la nature et la forme qu’impose notre document, nous précisons tout de suite que notre souci est moins de mener une réflexion en cernant tous les contours du sujet que de faire  une description de la réalité du mariage, de l’adultère et de sa réparation en milieu dagara dans  le but d’informer. Notre essai s’articulera en deux points essentiels : I- Le mariage en milieu dagara, II- L’adultère et sa réparation

 I– Le mariage en milieu dagara
I- 1. Définition Nous précisons d’emblée que dans le contexte socio-culturel dagara, à l’instar de nombreux peuples d’Afrique, le mariage est «  une alliance entre deux grandes famille, qui se réalise par le lien de deux individus » d’où la priorité du consentement des familles sur celui des individus. Ce consentement est ratifié par la « dot » que la famille de l’homme donne à celle de la femme. Ainsi en milieu dagara, une femme mariée est celle pour laquelle la dot a été versée avec les  rites qui l’accompagnent

I– 2. La dot et les rites qui l’accompagnent
 I-2.1. La dot très variable de nos jours, le montant initial de la dot allait de 350 à 360 cauris, une pintade pour la mère de la fille  et une poule qu’on sacrifie aux ancêtres pour solliciter leur protection et demander la fécondité en faveur de l’épouse. Cette première partie de la dot communément appelée «  libi-kpëè » ( la somme sacrée) matérialise le contrat sacré et religieux du mariage et confère aux époux le droit de cohabiter et de procréer. En plus de cette somme versée, les parents du fiancé doivent ajouter une somme matériellement plus importante de 12 000 à 30 000 cauris selon les femmes ou les régions.
 I-2.2. les rites accomplis Toute dot étant une dette pour la famille, avant de s’en acquitter, les parents du fiancé devront prévenir les premiers chefs de la famille (les ancêtres) en accomplissant des rites sacrificiels dans le sanctuaire des ancêtres afin de demander leur avis et soutien. A cette occasion, des souhaits sont formulés afin que celle qui va venir dans la famille  y trouve paix, joie et fasse grandir la famille. Du côté de la famille de la fiancée, a également lieu un sacrifice dont le but est de demander aux ancêtres protection et fécondité. Après ces deux rites, le mariage est officiellement et entièrement conclu. Les deux époux se retrouvent avec des droits et des devoirs réciproques. L’homme dispose de sa femme sur le plan sexuel  et doit l’entretenir  et la protéger. La femme devient la propriété exclusive de son mari sur le plan sexuel et est tenue à la fidélité conjugale. Aucun autre homme n’a le droit de s’approcher d’elle. Tout acte d’adultère qu’elle commettra  sera une offense aux ancêtres  et devra être réparé sous peine de mort pour elle à l’accouchement ou pour son conjoint si elle continue de s’approcher de lui.

 II- L’adultère et sa réparation
II-1. Précision terminologique Au sens universel, l’adultère  désigne un acte sexuel posé par une personne mariée avec un partenaire autre que le sien. La pauvreté de nos langues africaines en général et de la langue dagara en particulier dans ce cas précis, ne pouvant rendre avec exactitude le terme adultère s’est forgé des expressions équivalentes pour traduire cette réalité de l’infidélité conjugale des époux. C’est ainsi que chez les Dagara, les expressions telles que : saw pçw bèr ( gâter une femme) gani ni pçw ( coucher avec une femme) maali piç yele ( ouvrir le sexe d’une femme) sont souvent usitées pour traduire l’acte d’adultère. Toutes ces expressions en raison de leur ambiguïté peuvent s’employer aussi bien pour les unions légitimes que illégitimes. Dans le cas précis du dagara, qui a l’instar de nombreux peuples africains est un peuple phallocrate, l’infidélité d’une femme suscite une attention particulière et est objet de réprobation vive et de réparation non seulement à cause du caractère sacré du mariage mais aussi à cause du fait que par la dot le sexe de la femme est totalement et entièrement consacré à son mari. Il faut noter que dans le cas précis de l’adultère, la morale dagara n’admet aucune circonstance atténuante. C’est pourquoi certains actes volontaires ou involontaires de toucher aux parties génitales de la femme (note1) par un autre homme que son mari ( même un bébé mâle) est aussi assimilé à l’adultère et est objet de sanction.
II– 2 Le Pa-san ou la réparation de l’adultère chez le Dagara L’adultère entraîne une souillure et implique pour l’épouse la cessation immédiate de ses droits conjugaux : c’est-à-dire l’acte sexuel et la cuisine sous peine de mort de son mari si aucune réparation n’est faite. L’essentiel des éléments constitutifs de la réparation ou Pa-sân ( dette du sexe féminin) varie de 50 à 360 cauris, accompagnés d’une poule . A cela s’ajoute  3000 cauris, sept poules, un bélier ou un bouc et un chien selon les cas. Pour le rite du Pa- sân, une poule est prélevée parmi les 7 pour être sacrifiée afin de s’assurer qu’il y a eu effectivement adultère. Si cela est avéré , une deuxième poule, le sâw-nâ nuç (poule de la faute) est offerte aux ancêtres pour leur demander pardon. Pendant le sacrifice de cette poule  qui se fait généralement à l’intérieur de la concession, la femme infidèle essaie par quatre fois de traverser la porte principale de la maison, et est repoussée par les coups de fouets de ses maris. Finalement ceux-ci la laissent entrer, la font asseoir et lui font servir à manger (2) signe qu’ils acceptent la réconciliation. Tous les cas d’adultère ne sont pas traités de la même façon. Le cas d’un enfant mâle qui touche au sexe de sa mère requiert  une réparation minimale symbolisée par le sacrifice du sâw-nâ nùç et de quelques cauris. Au terme de ce petit essai descriptif on peut conclure qu’adultère et mariage son liés. Car le rite de réparation d’un acte adultère chez le Dagara est une simulation de la dot et du mariage.

 Abbé Kçw Dominique Savio MEDA, Curé de la Paroisse de Dano

Notes
1– «  La partie de la femme mariée située entre son nombril et ses genoux est une zone de haute sécurité, interdite au toucher volontaire ou involontaire d’un élément mâle » Voir B. Kusiélé MEDA, in, Le Mystère féminin ( compléter référence )
2- Cf..  V. SOMDA, Le Pa-sân ou la réparation de l’adultère chez le Dagara, mémoire de théologie, 6ème année, Ouagadougou, juin

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